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mardi, janvier 24 2012

décaler


17.01.12
ce qu'il faut probablement trouver ce n'est pas tellement continuer à malaxer la matière-lang, que de trouver le nouveau point de vue (cf analyse de Bergounioux sur l'avancée de Faulkner).
ce n'est peut-être pas tant la lang qu'il faut décaler, décoller par le dessous, que le point de vue, le point de conscience.
on écrit toujours comme si l'on avait la langue devant soi, alors qu'elle est en nous.
ce n'est pas un outil que nous avons en bout de bras, comme une extension, mais bien plus un organe (propre à l'homme, mais aussi dans une certaine mesure présent chez l'animal, et le végétal, à l'état d'éléments simples de communication, de signaux, aux articulations et emboîtements certes à peine syntaxiques. un organe à fonctionnement non-automatique qui nécessite un environnement favorable à son apprentissage, comme l'est la marche.)
nous ne sommes jamais en position de recul par rapport au langage. bouillonnant, il nous emplit, nous inonde, nous dépasse… et bien qu'il soit en deçà, toujours, de la capacité à dire le réel pleinement, il le constitue. il est dedans. et sans doute est-ce parce qu'il en est une constituante qu'il ne peut le dire pleinement ce réel : il ne peut le "surplomber", le voir largement et globalement. il ne peut s'extraire pour en avoir une position et vision reculées.
la langue ne sait dire, et nous dire, que par bribes et lambeaux, brisures parcellaires. elle ne peut qu'échouer, et c'est ce déséquilibre qui lui donne son mouvement et son développement (comme la marche, tiens, encore). en émission, elle est babil, luttant avec la vanité de son objectif, et, dans sa réception, nous avons le plus grand mal à écouter véritablement. qui pourrait vraiment écouter pleinement l'autre ? ce serait parvenir à réduire le trou de langue, sa distance au réel…

pas facile tous les jours d'être clair, je le vois bien ici. là, aujourd'hui, au fond de la mine, la lumière de la frontale est bien vacillante.

mais reste cette intuition d'un retournement, d'un décalage du point de vue (ou en tout cas de ce que j'appelle encore imparfaitement "point de vue"), nécessaire, mais aussi possible.
si cela est encore bien flou, une bascule me paraît pourtant plausible et envisageable.
intuition qui était celle aussi expliquée dans la note "parler et se taire".

bon je cafouille là. ce pourrait être intéressant peut-être de laisser ici ces traces de cafouillages. voir la pensée peiner, galérer. la pensée tenter de se dénouer, se dérouler, avec son appareillage de vocables issus d'une lignée de mots forgés pour la réflexion, la considération… pas de ces mêmes mots exactement, et pas de ces mêmes syntaxes, tournures, articulations de langue, que ceux utiles pour la rue.

déboîter donc, décaler… longtemps que cela me trotte. mais il n'est pas donné d'un coup de cuillère à pot d'avoir l'angle de vision neuf, donc la vision neuve. mais peut-être en est-on en bordure…






centrer


15.01.12
à force de lire des journaux d'écrivains, ou de peintres, je me rend bien compte de plus en plus que nous avons en commun :
- cette "névrose" de la notation, de l'inscription, sans cesse (cela on pourrait s'y attendre…)
- une méticulosité, une minutie, un soin de l'ouvrage, même quand la matière est brute et sauvage
- le fait d'être en travail toujours, que cela soit sans fin, évidemment, mais aussi sans pause.

et c'est probablement cela qui, dans le journal d'un auteur, peut représenter une fascination : de reconnaître ce travail, cette "inlassabilité" à l'œuvre.



16.01.12
je souhaite, encore plus, centrer mon énergie sur l'écrire, et sur mon travail ayant pour matière la langue. j'ai ma ligne oui, continuer à la suivre, mais resserrer encore un peu.

pour l'instant je ne m'en sors pas trop mal au vu de ce que je peux apercevoir chez les autres (ex. encore de Bergounioux ou Emaz dans leurs journaux) dans la bataille entre temps d'écrire et temps des travaux alimentaires.
commencer tous les matins par un temps d'écrire serait bien, mais l'urgence des autres travaux est toujours à guetter.
là, ce mois de janvier, j'ai presque pu isoler, m'isoler, 3 à 4 semaines pour cela. entre autre, j'ai enfin lu à nouveau dans la continuité. 3 à 4 semaines pleines pour l'instant dans un hiver théoriquement consacré à cela, mais où des tas d'autres tâches "à faire" viennent prendre temps, cerveau et énergie… et cela est bien difficilement réductible. ceci dit, encore une fois, je m'en sors très bien jusque là par rapport aux "collègues", mais cela nécessite désormais d'être toujours à la quête de financements (extérieurs, ou fruits d'autres travaux) pour la vie quotidienne ou pour les projets en cours, car cette activité ne crée pas seule sa propre et complète économie.

oui resserrer encore plus. en particulier le "surplus" d'énergie constructrice que j'ai toujours mis avec fougue dans des projets dérivés, périphériques aux projets centraux (en vrac : danse, ski, spéléo, insertion, édition, soutien aux sites, projets, librairies des amis, etc, etc…) ou parallèles (l'autre pendant, mon autre métier : celui de créateur et responsable d'une boîte de guides escalade, montagne, etc…). j'y ai beaucoup appris, et y ai gagné une palette de compétences un peu plus élargie, mais désormais, et dès la prochaine fois, je mettrais cette "couche-là" d'énergie dans l'écriture. il me faut réduire encore plus ces activités bicéphales à une seule, privilégiée, pour progresser, m'enfoncer un peu plus.
je suis déjà pas mal centré, mais je peux aujourd'hui encore plus cibler, condenser, circonscrire, et cela sans pour autant m'enfermer : ne pas forcément faire que cela (des tas d'autres choses sont à découvrir, et détendent également de cette activité) mais, si le besoin s'en ressent, n'avoir que cela à faire, s'isoler au maximum des contingences.
c'est à ce prix je crois (mais est-ce cher payé quand on sait que sa ligne est là ?) que je peux avancer encore un peu plus dans l'entreprise, continuer à aggraver tout cela.
car il est possible d'avancer encore, même s'il peut paraître que l'on se répète… tant il est vrai que, même en "déboîtant" parfois assez largement dans les formes de son travail, peu échappent à cette redite des préoccupations qui nous absorbent, et qui ont été bien souvent à l'origine des prémices — les "thèmes" fondamentaux de chacun ayant été imprimés très tôt, et avec une grand prégnance —.

je suis ma petite ligne. silencieux.






aller


21.12.11
propositions pour un concert, un atelier, plusieurs conférences et entretiens, deux revues, un auteur dont le travail me touche beaucoup qui parle de mon boulot dans son livre à sortir, plus un mémoire d'université sur UUuU, et apparition de la mention "écriture griotienne"… ça fait beaucoup en quelques jours.
content… presque troublant… à lancer ainsi ses petits objets, ils atterrissent quelque part on dirait… mais leur réception est affaire du lecteur, plus la mienne.
et ne pas oublier le travail central… garder sa petite ligne à l'abri.
lu Foucault à ce sujet : toute petite préface à la deuxième édition de l'Histoire de la folie… la vie autonome des objets fabriqués spirituels…

un peu plus tard, ça continue : proposition pour plusieurs autres "perfs" (ce mot décidément ne me va plus), un entretien pour un volume universitaire, une radio…
c'est bien, la visibilité je l'ai cherchée souvent. mais conserver précieusement le temps, l'énergie, et les capacités d'encaisser les pressions, pour la recherche personnelle.
jamais content…
il n'est pas toujours aisé de se satisfaire de ce que l'on a, de ce qui est. toujours sont présents les désirs parfois polluants d'un ailleurs, d'un mieux, d'un plus, d'un moins… le "samsara" comme disent les sages tibétains. et pourtant c'est bien l'absence de ces désirs qui peut apporter la "félicité", comme ils disent encore. ils ont raison.
ainsi va. allons.



23.12.11
plus la parole sera rare, plus elle sera attendue, elle attisera le désir.
ceci dit,
la gravité de la parole "reculée", de l'autorité, certes naturelle, mais aussi construite sur le retrait, pourrait bien s'accompagner d'un peu d'humour.



05.01.12
en ce moment, pas très satisfait des textes de UUuU.
ils ont peu de souffle. je les trouve assez épais. peu fluides, sans élan, mous, comme courant sur un terrain trop lourd.
les dessins, ces langues muettes, par contre, ça va à peu près.

la fréquence des poèmes aussi est assez faible (un, conservable, toutes les trois semaines en moyenne, moins que pour book 0, mais comme il y a aussi les dessins… pas que je cherche un quelconque record, mais ça donne idée de la fraîcheur…). pas non plus encore de texte pivot sorti cet hiver, comme "on trace" par exemple, qui avait lancé le début du recueil.



22.01.12
bon, je n'ai plus de poèmes en stock pour UUuU, tout a été utilisé.
vais bien être obligé d'aller chercher ailleurs, de déboîter, ce que je souhaite depuis un moment sans y parvenir.
retravailler la lang de l’intérieur. malaxer, creuser le trou. ça ok. mais surtout décaler le point de vision.
et puis repartir de la base du volume, de l'impulsion d'origine, du "on trace" et de la ligne du début ?
fouetter un peu ! huuue !!

bref, se renouveler, pas uniquement dans la forme mais aussi dans l'approche.