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 Pierre Fendre
 



1987/1990 | paru en 1990 - 93 pages
des extraits ici

poèmes de l'adolescence. je n'ai peut-être pas toujours fait mieux depuis.











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Ils sont partis
ceux que je regardais
partis de ce bar
où je reste
Des hommes au zinc
jouent aux dés
ils rient fort
mais ce ne sont pas eux qui manquent
ce sont les deux
qui sont maintenant partis
il reste encore deux verres
pas tout à fait vides
et un cendrier qui déborde
il reste encore d'eux
un halot invisible
de leur présence leur chaleur leurs voix
Les chaises où ils étaient assis
ont encore l'attitude de leurs corps
je devine la place que leurs coudes prenaient
sur le marbre de la table.



VITRIFICATION




.

Non je me suis enfermé
fenêtres closes
Non les mystères de la destruction
sont clairs maintenant
enfermé dans le brouillard acide
liquide des nerfs distendus
l'heure est ici toute entière
épaisse
elle escale
sans départ
tout s'arrête ici tout
solide
fini voilà l'abîme
le sens s'invisible
déchirure du regard du mouvement
buée de la raison
déchéance du conscient
tout arrive et fini là
décoloration du sommeil

lambeaux de forces et d'ivresse
Ailleurs Avant finis
au bord
évidence implosion du vide
l'équilibre s'égoutte dans l'ombre
rendez-vous
échéance maintenant maintenant maintenant...



.

Pris dans l'étau des jours calcifiés.



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Même clos
dans l'acoustique
d'une machine à écrire
il y a quelque chose
derrière les volets

l'altitude qui fait couler le stylo
l'heure tardive

.

Membrane du désert
incalcifiable
salive du fleuve
cercle vicieux



PAUME




.
De vieux draps blancs
déposent sur les chaises renversées
sur un fauteuil et un lit fondus
les fenêtres sont ouvertes
et chuchotent l'air du matin la poussière déjà tiède
les draps ont gagnés
un homme assis et nu
qui décrit
en effilochant chaque mot
comme un drap usé



.

Peu à peu
l'encre a teint les doigts
puis a gagné
les pupilles
en un limbe calcaire

Plus libre
que le regard qui s'écroule.



.

Ce n'est pas parce que nous nous sommes quittés tout à l'heure et que nous nous
reverrons demain à l'aube
à la première heure
que nous devons nous dire à demain
car ce soir
à mon bureau
se consume ma cigarette
et tous les poèmes d'enfant
car ce soir
prend fin
la nuit des temps
et demain à l'aube
nous ne nous reconnaîtrons plus
demain tout sera à refaire
à reconnaître
à revivre
à re-aimer
à re-haïr
à ré-écrire
car dans notre sommeil sans rêve
nous avons tout oublié
nous avons délesté notre mémoire
et tout recommencera identique
car c'est toujours vous que j'aimerai
car c'est toujours toi que j'aimerai
à chaque lendemain
à chaque hier.




SÉRACS




.

Qu'as-tu appris
devant eux
Qu'as-tu appris
devant des haies d'épines
devant des traces
croulant de boue fruitée
devant des cîmes d'apesanteur
des crimes d'asphalte

Je ne sens pas.



.

Alors j'ai dit non aux mains qui tremblent
à l'irréversible séisme
du nerf desséché.



VUES




.

Où est passée la lune
hier encore elle était là
je l'avais posée au-dessus de ma tête
pour éclairer ma lanterne
comme cela elle me rafraîchissait de sa lumière froide
lorsque l'air du soir était trop lourd
elle me soulageait tellement elle paraissait légère
elle illuminait chacun de mes pas vers toi
elle me guidait au milieu des rochers et des sources
mais où l'ai-je mise
j'ai cherché partout
au-dessus de ma tête
dans tous les tiroirs
dans tous les livres
dans les poches de mon imperméable
j'ai même questionné l'horizon la mer et l'oubli
comment va-t-on retrouver notre chemin
dans la nuit
je l'ai perdu
comme on perd
son chemin ou son mouchoir.



.

A peine,
nous nous sommes reposés vainement
du mistral
qui a bousillé ma gorge
nous avons dormi
sur des pentes vertigineuses
j'ai repris ton odeur
dilatée d'ivresse
pour les saisons mortes
mortes.



.

L'être :
Le soleil descend toujours très bas sous l'horizon
il est blanc
on devine au large le Grœnland
la terre est rouge elle fume
l'eau
les rochers noirs
et le ciel gris est humide.


Le devenir :
Il dit avoir trouvé l'alambic.
Il dit extraire le vivant du vécu.

Iceland
sept.89
65ème parallèle nord.




.

Il est tard. La pluie dilate le matin sans rien dire. Les flaques résonnent encore. Et cela suffit.




PIERRE FENDRE




.

Je t'envague :
assise
la tête
dans tes mains
enterrées.



.

Puis
fatigué par la douleur
j'ai cherché
à m'endormir
feublement.



.

Je suis près de vous
le noircissement des parcelles
le noircissement des paroles
et l'incandescence



.

C'est
ici
arrachement
racine et terre
imbuvables

dans le creux des mains.



.

Petits creux follets
amarrés
aux arbres
fourbus.



.

Le feu courbe
s'étoffe
en une marre de pierre
délitée.



FEU COURBE




.

Le foin crame
brûlot de sueur
creuset taré de soleil
La poussière crépite
et cuit
dans le soc dété

Insectes.



.

Au petit matin
l'air s'échauffe lentement
dans des relents de cidre frais
les yeux tièdes
un homme
ouvre sa fenêtre
et s'accoude
fume
saluant ceux qui en bas
sur le port
ont pris le dernier phare.



.

La pierre ponce
du silence
s'est envapé
dans des cratères
citadins.



.

Sarment de pierre
dans le sable volis
figé.



.

Dans chaque lisière
s'épanche
comme un regard
de corps
nu
de femme
d'arbre chapé de feu.

(D'après une photo de Wynn Bullock)




.

Voix plus pure
dans la nuit
rythme avec l'être



.

Puis...

I

L'écorce rouge

II

de ravins chuchotés

III

troncs sonores.




ACTE



.

DANSE

La nuit
échapperont
en nous

Prend fin
le pas de pierre
hésitante

Pleine

l'arbre léger
des pas
de l'avant.