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Ouverte sur l'Exil



inédit - 1991

un essai...


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A ceux-là, qui au regard d'un pays
désert s'en trouvent plus nus.


PARTANCE


Caps excentrés des habitats de l'homme.

Quel cercle d'Enfer saura valoir de nos errants ? Qui vont damnés et princes parmi les simples ; qui, en notre aube, prennent route pour la recherche d'un solfège premier; d'un pont de cordes tendues, pour un visage : masque ouvert sur le sens.
Ils ont vu l'homme plus loin que l'homme. Et cheminent alors. Ils poursuivent un chant vers un quelque autre pôle.
Ils possèdent la science des quatre directions, ils prennent soin du silence, des vapeurs au matin.

Ceux-là sont du partir, ils sont hisseurs de voiles; alors, déjà, mes paroles ne sont plus pour eux.

Ils choisissent l'exil avec celui troublé par l'astre tragique, réel, intense, lumineux.
Avec celui qui joue au sable d'orangé, ou étudie les vents destriers, ils offrent au sol lointain leur marche pauvre.
Avec ceux qui ont grand souci des couleurs, des harmonies, ils vont.

Oui, celui-là crie de ne pouvoir rester en terre éligible !
Alors ce même espère en l'ondée toute proche, et prépare la saison de la montée aux alpages.
Cet autre marque le sol des positions célestes, et trace le cercle de la fin du jour, de l'heure du repos.

Peuplade de la nuit, coureurs de jour, ils se taisent sur leurs richesses.

Toujours, au loin, un seuil improbable inspire leurs pas.


OUVERTE


Ouverte ! La terre grasse et suave. Ouverte, l'eau des fruits verts, l'eau des champs amers et doux.

Partance...
L'appel au-dessus de l'aire de poussière pour un lieu de marche, un intense réseau de sentes singulières.

Premiers pas... nouvelles combes...
Et c'est une grève ceinte de mille cascades, ourlée de falaises âpres et sourdes. Un ciel épais répandant ses torrents de bruyère, où ses flaques combattent avec une terre rare et maigre pour un vague territoire de genêts.

C'est la lande violette s'élevant en un sillon calcaire, sur l'ancienne pente glaciaire. La pluie verte affalant ses froides poudres roses.

C'est l'homme porteur de lourds fagots pour un culte solaire. Une femme fêtant sa beauté en vous regardant.
C'est un enfant chantre des grandes aventures naïves.

C'est l'herbe mauve de plusieurs décades. Le souffle des roches imprimant une pulsation au sein de la matière.

Ce sont traces ouvertes...
Graveurs de pierres sèches, bâtisseurs de cairns, fondateurs de stèles aux champs des rencontres...
Ils ne veulent perpétuer aucune direction, et replacent après leur passage les sceaux sur les mystères.

Toujours, au loin, un seuil improbable inspire leurs pas.

. . .


L'explosion d'orchestre recélée au ventre des dunes...
Et le poète va aux lieux de la terre nue. Et vit.
La plus pure danse sur l'horizon magmatique des sources décelées. Le ciel détaché en lames nocturnes sur l'espace foulé du meilleur sillon nomade — Fouler ! L'ocre au froid blanc mêlé.

L'alternance des matins rouges et des saisons sèches selon l'ellipse astronomique...
Et se lève l'apatride qui, pieds nus, marche encore. Et danse.

Partance ! Voici que le vivant appareille. Voile ! ton ventre de fruit vide regorge de la pulpe des courants aériens.
Elancée vers son seuil brûmal, la route frôle de vertigineux ravins. De sombres soleils jouant leur lumière dans les troubles de l'homme, debout, comme dressé à la rigueur des climats.

Voici que le temps des neiges, tout d'invisibilité, sacre aujourd'hui les épousailles du nu et de la terre et tend ses formes à l'intense écume boréale. La terre, toute de l'intuition de la gelée, croise avec le culminant tracé polaire. Et la Croix du Sud, de beaucoup plus loin, répond de sa lumière sur les salines brûlantes.

Llano, la vaste plaine herbeuse...
Les hauts-plateaux irrigés par le vent fervemment nommé, Auster. Lønsdal, la lande pure et froide...

Bivouac! Les étoiles en haut rang agencées selon le dispersement de l'œil humain.
Souffle la matrice des sources ; souffle comme vent qui déploie l'effluve continentale.
Ils avisent de grèves plus paisibles, comme l'oiseau signe et message de terres nouvelles...
... ligne claire, sommets cristallins, reflets de glace.

Toujours, au loin, un seuil improbable inspire leurs pas.




EXIL


Sombrent les tisons bleus
et, blessés, infiltrent le repos de lumière. L'encre, les calcaires noirs.

Ce soir
celui-là est
arbre qui chute, craque comme le roc, et affale ses voiles
sèches dans un lent souffle de poussière.
Une vague brise et gronde.
Une vague achève sa parole et la poursuit.





Ils font de l'échouage des hautes terrasses marines un lieu de résonance. Ils explorent dans la dignité de leur exil transhumant le vibrement échu à la poussière embrasée, ambre brûlée sur la fièvre des résineux.

Alliés, ils escorteraient ma mélopée.