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[ Caps 2
 



2001 - quelques pages ici...


Avant les mots m'étaient des outils de transcription. Là, ils me surprennent, ils viennent. Ils ne servent pas à composer l'image ou à transcrire la vision. Ce n'est pas la vision qui les fait venir, transpirer et bouillir, ce sont eux qui la font surgir, la font naître, dans leur ivresse, depuis leur matière sonore, graphique, sémantique. Une éclosion. Depuis leur être "physique".

Vers courts (flashs, éclats, bris d'images), vers longs (montée, façonnage, modelage plus lent, plus large, d'une image, sensation, atmosphère), ils imposent leur souffle et respiration, craquent et pètent.
En poésie, c'est peut-être le travail de
Ginsberg (Howl, Sunflower Sutra, Kaddish...) qui m'est le plus proche ces temps-ci.


dans les carnets : un diaporama du manuscrit
et quelques pages sur remue.net [revue septembre 2001]





*












[ Caps 2






[ Nigredo ]



1.
J'ai fumé 50 cigarettes aujourd'hui
beaucoup bu
vu plein de gens, tous beaux - en soi — tous beaux
I saw



2.
Je vois à travers. C'est ainsi.
Je dis JE malgré moi, mais ce n'est qu'un point de vue,
un point d'où l'on voit.


3.
Dans le fin fond de la nuit de
la lumière… black !
Nuit de Belleville
Le cul des femmes. Africa ! Afrique Nordest !
Dans les rues de. Boucle encore.

Frustration de ne pouvoir atteindre la totale cosmopolitée verbale.


4.
Pisser.
La femme pleure à côté. Sur un banc.
Contre le marronnier.


5.
Mouffetard calme et silencieux ainsi —
Après les jours de cagniard
la petite pluie fraîche du soir
la bise presque froide les arbres qui frémissent.





6.
je marchais dans les rues de Belleville - Ménilmontant la nuit les bars chauffaient et leurs cœurs palpitaient dans leurs nids d'ouate et de fumée la gentillesse coulait à flot la musique rugissait nous marchions et avancions marchions marchions gonflés de tendresse et de boisson — nos antennes calmes pourtant à leurs pointes fébrilisaient vibraient une brise les effleuraient avant un grand souffle c'était là en terre un bourgeon mûr gorgé à craquer de sève et de vie et d'action et tout semblait nouveau et nous échouions loin dans la nuit dans la saveur africaine la terre africaine le reggae prenant et lent l'herbe et encore encore la gentillesse une fraternité quelques mots simples doux point n'était besoin de trop parler c'était évident c'était là et nos peaux souples tannées grandes ouvertes blanches et noires buvaient la rumeur la nuit bourdonnait des tambours ronflaient dans nos muscles et tout était clair calme
au matin les oiseaux chantaient le ciel était
vert comme une bouteille d'eau fraîche



7.
Sick of wars

A travers la nuit de Paris
encore
A travers
traversée
le ciel bleu clair
le ciel bleu clair





8.
Aujourd'hui jour de merde
je les connais bien
vieux compagnons
jours creux
black days





9.
Dans cette nuit de
Paname
quand soudain
à l'aube
gris écœuré
une étoile
soudain


[ Albedo ]


1.
Pluie
pissotière
rouille
orange et verte



pissenlit
orange et vert



orange Ltd
orange mousse






2.
quais de

fleuve noir
pantone 4113 (quarante et un treize)
solstice jaune
tiédeur (tiédeur)



3.
I saw
in this street
les
strates
les couches
les affects amours et tendresse
violences traces
straits


je suis le poète
dans la rue
la nuit
des méga
mégalopoles


4.
Rouge
rouge à lèvres industrie
tomates en grappe
petite voiture italienne
rouge ce matin
(Vespa 400) sous ma fenêtre
la voiture de Nicolas

Bouvier ?

*



[ ]

1.
oui ce soir là sur la seine

et c'est étrange oui comme tu dis
"frères" oui peut-être on est frères
frères et sœurs de sang
et quand au fond de la nuit
cuits parfois
on trouve
c'est
c'est le nid
ce (nid) dont nous avons besoin
tout deux
là où
nous abandonnons nos armures
là où
nous nous abandonnons

nous nous accompagnons


avec notre indèp-dépendance
et o belle ce respect là
ce respect me boulverse ouais
ouais je sens c'est deux rythmes
deux rythmes miss
deux rythmes espaces
qui se respectent s'aiment boulversant
o belle

I would like to speak another language
to feel london mexico
peyotl et l'air qui m'enivre de Paname la nuit
me cuit
et je vois
vois oui soudain
I saw whatever
et la seine coulait encore
et c'était doux de te voir
j'ai vu là au bord
quais de pierre
et musique
et speed bar pression bouteille foule sous le cagniard à 3h
et le soleil rugissait
et la lune
calque fragile blanchâtre muet
déjà se levait sur la seine
le bateau putain de canton


grande dame de sanghaï
et la nuit qui se levait
avance
avance vers la nuit
et je te dis
ouais belle
je te souhaite
te souhaite
la plus belle des nuits
oui










2.
Cette nuit-là
on devait être
comme la pyramide du soleil
placés au bon endroit
au centre
au point exact
au nœud des ondes



3.

caps and so…


j'ai vu là au bord

à ce point-là
où je ne vais au-delà
que je veux traverser crever

et o ouais route encore
et je sais pas
quelque chose
je sais pas
quoi
m'accro-che
m'atta-che

et o putain de chaleur
après-m'
de moiteur
ça me coule sur le front


suinte aisselles
coups de pompe
m'écroule sur le pieu
vieux dessus carreaux écossais verts
sommeil chaud moite collant
les draps poisseux
et le Miles qui me balance sa cornette dans les feuilles
clap clap clap clap clap ti clap
et o
o yes
vas-y balance-moi ta sauce vieux mec jazz
et soudain je
m'écroule
crevé battu séché
raide
l'étincelle moment pur
est passé
flash vision
(prononcez en english américan please)
et ça m'laisse
sur le vieux dessus carreaux écossais verts
foutu
fondu


4.

I

To Sophie


De retour vers mon amoureuse dans le speed flash du train et le soleil qui se crash dans un surplus d'énergie me crame me cuit me tranche les yeux larmes oranges et l'acid trip-hop me vrille les feuilles et je speed raye
l'espace
crève
le son
trash
et un nuage black noir schwarz brûle
orange
acier
boue

et l'ombre
sur les champs
verts bruns sombres
froide
mouille les haies


les brins
les herbes

et l'o
rage
trash
et les branches se vrillent
explosent
éclats bris

et mon train crac !
brise le mur
le son

Et ceux-là qui dansaient
merveilleusement sur des scènes pourries
et les trains geignaient stridents
rayant
la nuit d'un trait d'un fuseau d'un
métal
d'acier d'éclair roulant électrisé et
mental

Et s'élève soudain un amour fou fou un
désir taré
qui soulève la terre et les y enfonce


qui soulève le cœur au ciel et y
enfonce
et en eux s'enracinaient

se plantant l'un dans l'autre des
fuseaux (d'amour)
dans des
halètements fous de désir fou des
désirs
sexe des envies et des halètements
hurlements glissant flottant se
lovant
dans un halot de tendresse impossible
incroyable immense là baignant la
lumière
ocre douce. Bougie sur leurs corps
fatigués et cuits sur leurs corps
sacrés repus saints
s'évaporant montant
soudain
au ciel dans le bourdonnement de leur
discussion
d'anges.
...

*


II

Prière à Hervé Massard

et les amis
qui buvaient et ricanaient
et le ciel était noir noir dans nos pichets de vinasse les collines couchaient blé d'orge sous le soleil vineux la rivière d'orage sombre sombre
profonde noire verte
et ivres nous marchions le col les blés sous la pluie battante
profonde noire verte
et la rivière coulait coulait coulait roucoulait vaste et grande et large et profonde
et noire et verte

qui étaient en train de marcher sur les crêtes des vieux volcans éteints
sur les eaux douces des gorges des lacets d'eau
et juste dire le grand plaisir de les avoir vu et puis de penser à eux
alors que je suis dans ma chambre dans le gîte que mes enfants jouent autour et qu'ils partent sur les routes d'Auvergne...

avec ce qui pèse dans leurs sacs et dont ils cherchent à s'émanciper
avec tout ce qui est en eux et bouillonne et sort
et se produit soudain hors d'eux
en d'immenses
immenses
qui

L'odeur de la rivière : mélange de vase, vieux poisson mousses, sauge et fenouil — cuillère et hameçon triple rouillé — la gueule de bois des amis à midi au réveil, peaux blanches, grises, yeux cernés
Baignades, galets, eaux plates, éclaboussures glacées — nous avions fait un petit temple zen et son portail cintré sur la grève de sable et de galets
Plongeons, éclaboussures, rires, algues vertes, grandes chevelures, le ciel d'orage, changeant noir et blanc et bleu et gris foncé, et d'immenses cumulus apparaissaient à l'ouest, leurs ombres glissant sur les blés
Les volcans endormis, crevés, vieillards, leurs coulées de forêts vertes, pierres noires, orgues, cendres ocres
La graisse des grillades grésillant sur les braises et le charbon de bois, les galets tâchés luisants et noirs


Mon ami qui écrit à la fin de la nuit de fête, dans les boissons, les chansons, les danses, les cubis renversés de rouge, de blanc, dans mon carnet : " feeling bad "
Le cri de terreur de métal de vitesse du soufflet accordéons torturés reliant les wagons
Ô Lords
rois venus des quatre coins du monde, répondant à l'appel de leur cœur, priorité des priorités
rois par-dessus tout
filant de nouveau, nous séparant, vers le nord l'est l'ouest le sud chaud, et leurs cœurs jamais rassasiés…


et la voiture rayant oui l'espace la lum
lumière du ciel de la
mer blanc cotonneux
neigeux oui
forte luminosité pour les yeux oui
je greffe mes fleurs mes plantes dans mon jardin
falaise de craie blanche et
de silex vitreux noirs
là même où 2 557 escouades de boys débarquèrent dans une marée jamais imaginée avec leurs boucliers leurs canons et leurs nefs


la même où à la même heure exactement
Iseult épleurée mis le pied sur la grève des Bretons
(dans sa voile noire)
et j'ai vu avec elle ça s'enracinait entre nous
et ouais j'ai vu
j'ai vu

qui fumaient leurs clopes entre les wagons wagons wagons
et leurs braises sous le nez soudain éclairaient leurs trognes et plaf ! retombaient dans la nuit à toute
vitesse vitesse vitesse
leur vrai vie

ouais
pas ailleurs.


Paris, Mai - Juillet 2001