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1998/2000 | inédit - extraits

retour à la poésie, là où la montée du txt est plus immédiate (après plusieurs années passées sur d'autres travaux en prose, dans un rapport à la durée dans le processus d'écriture)...
curieusement, ou pas, cette immédiateté, ces montées flash sont revenues lors d'une crise...
une centaine de poèmes écrits en peu de temps.







.
Cela perçait de nouveau.
Je me promenais sur le trottoir,
le soleil coulait miraculeusement sur mes paupières comme du chocolat tiède-chaud.
L'hiver arrivait pourtant doux et cinglant.
L'air claquait.
Les belles jambes des filles se recouvraient de noir peu à peu.
Leurs mini-jupes se rallongeaient
leurs culs excitants passaient sous les pantalons
la pointe de leurs seins un peu lourds glissait sous la laine rêche.

Ça allait pincer,
le ciel dégagé, mordant, pur et liquide...

les feuilles jaunes collées sur le bitume noir et luisant

le froid vif dehors,
la lame de poignard d'air glacé qui se glissait par la fenêtre ouverte
et venait s'étaler sur mon bureau comme une boule de neige sur la glace

Et je me levais plus guilleret
et je parcourais les maisons
et je parcourais les rues
en sifflotant, en chantant
j'étais très légèrement ivre de mon bonheur
si léger et si gai

Paris





.

Dans la rue Mouffetard
il y a trois cafés
un en face de la fontaine
sympa mais un peu bruyant
un aux fauteuils en skaï
qui sent la mauvaise pression
et la clope
un enfin
où je suis bien
et écris à mon amour.




.

Le deuxième café
est plein de jeunes filles
à peine pubères.
Pleins de vieux
en manque d'amour
qui chialent
et se bourrent la gueule
et draguent
et sont pleins de besoins
de manque
d'envies.




.

Le troisième café
c'est le même.

Y a maintenant du monde
un peu plus.




.

Un jour
au restaurant

dans le miroir
une femme
très belle
très séduisante
qui me plut tout de suite beaucoup


C'était ma femme
à côté de moi
dans le miroir.




.

Je suis qui je suis
et je ne peux être autrement que ce que je suis.
Je suis moi-même. C'est tout.
Je fais exactement ce que je peux faire.
Avec mes moyens.
Ni plus
ni moins.

J'aimerais ne plus penser
mais l'on m'a fait ainsi
conscient
instant après instant

J'aimerais peut-être parfois vivre d'une manière égale
sans que ce soit pour autant trop monotone
J'aimerais, j'aimerais…
mais la vie est.
Point. C'est tout.
Et vivre avec conscience
ne peut la faire autre que ce qu'elle n'est.

J'allume une cigarette et en bas par la fenêtre ouverte
tout un monde étrange passe
Toute une foule
qui ne peut faire autrement qu'avec ce qu'elle a
une foule avec ses moyens
indépassables
elle aussi

J'entends le boulanger qui parle dans la rue
une poussette un cri
la pluie qui commence
et toute cette foule
avec ses cris ses drames ses crises
qui rentre vite sous la pluie
les mettre au chaud
les digérer
construire détruire reconstruire
ainsi sans fin.

Je suis qui je suis
c'est ainsi
sans solution.




.

Ce matin tout me rappelle que la vie palpite
les perruches
le frémissement frais du soleil
sur ma poitrine nue
mes enfants qui jouent

il me faut aller comme au bout de moi
nu, démuni, nettoyé,
épuisé
pour enfin de nouveau
accueillir.

L'ombre d'un nuage passe sur ma poitrine
je grelotte
et puis un rayon vient
tiède, chaud puis brûlant
qui me fait frémir comme un ventre de guêpe.




.

Dans le Paris d'Hemingway
qui est le Paris de tout le monde
au Piano-Vache
bistrot.

où tous les amours se cherchent



Au Pipo-bar
Accordéon, vin rouge
- Petit moment de bonheur
chansons - voyage
dans le petit Paris de Prévert



Au Mayflower
très rares scotch whiskies
femme du patron encore désirable
qui s'emmerde
et me regarde pleine d'envie
jouant de sa chevelure en arrière
intimidée comme une jeune fille de 17 ans
entre les regards de son mari

Grosse belle espagnole
qui doit faire l'amour
comme une girafe gourmande
— accueillante et tendre —




.

Je vide la cargaison
je me débarrasse
je fais le tri

petite vie nue et simple
dont les effets
pourraient tenir dans un sac

et tout le reste autour
galopant
à l'air libre




.

L'étranger
vu par le petit trou d'une serrure
un tout petit café
le KLEINES CAFE - FRANZISKANERPLATZ - WIEN Novembre 1999.
Le téléphone
Un ami, très loin
veut me voir
il est à 2000 km
à PARIS.
Il pleut.

ET MOI je suis à Wien,
mangeant du pain noir
et buvant de la bière
dans un tout petit café - je l'ai dit tout petit -
attendant d'autres amis.




.

hier vois-tu
je me suis caressé
en pensant à toi
cares
sais-tu c’était toi

et je me savo
nne avec la savon
nette que tu m’as
offerte
et sous ta savonnette
je me
frotte je me
mousse je me frotte
avec cette o
deur d’eau
de toilette
cette o
deur d’eau
de ta peau
que tu m’as offerte





.

Je veux quelque part du calme
Un voyage qui me fasse oublier
un voyage qui me bouscula et me dénuda
me dépouilla de toute cette agitation et de mon crâne trop bouillonnant
un voyage qui soit comme ma sacoche, usée et quelques
paperolles en cours
le cœur bourré d’envie
les pieds frémissants
mes pauvres exigences
j’avance.