je 08.08.13
Lyon.
ciel très couvert, vent de nord.
lever tôt. méditation dehors, puis je nage un bon moment dans l’eau fraîche. ensuite café au bureau sur le petit balcon et je commence à travailler. il fait frisquet, et j’ai été refroidi par la baignade, j’enfile même deux vestes pour pouvoir ainsi écrire dehors.

 

je lis cabane d’hiver à voix haute : toujours étonnant de constater comment le timbre et le rythme de la voix d’un texte de suite s’impose, pour en varier ensuite très peu…

 

je trace mes grandes lignes.

 

ve 09.08.13
Lyon.
méditation sous le soleil qui pique à nouveau. trouver le point profond de calme est une chose, le garder une autre.

 

sa 10.08.13
Vieux Lyon.

le point de calme est dans la respiration.

cesser de se créer une anxiété en tentant d’imaginer tous les possibles à venir, en tentant de tous les « préparer ».
vivre le présent, dès maintenant.

 

di 11.08.13
Lyon. Belledonne.
chaleur.

suis repassé hier devant mon premier appartement, pris vers 18 ans, il y a donc 25 ans environ. s’imaginer là, avoir vécu derrière ces fenêtres ne découle pas d’une pleine évidence, bien que les souvenirs y soient précis. cela me semble avoir été une autre vie, que je me repasserai comme un film ancien projeté sur l’écran de cette façade, déroulé derrière le filtre de ces fenêtres, dans ce bâtiment renaissance, décrépi, défraîchi du Lyon ancien…

Alpes - Belledonne : nuit de montagne. une très longue étoile filante, assez grosse pour pouvoir distinguer le noyau. la voie lactée, notre galaxie grosso modo selon l’axe nord-sud à 23 h 30. il fait frais, une légère brise.

vivre le présent, l’ai-je déjà su ?

 

lu 12.08.13
Belledonne.

journée de rando vers le col de Frêche, un peu raide et aérien sur la fin dans le goulet pour atteindre la crête au milieu des aiguillettes de gneiss. cinq, six vautours, et un couple d’aigle royaux qui prennent les thermiques en passant en spirales juste devant nous à une vingtaine de mètres. gros soleil qui cuit mollets, cou et bras. touché quelques névés dans les pierriers de fond de combes.
plaisanter avec mes neveux et nièces.

le présent, oui.

 

ma 13.08.13
Lyon. Paris.

passage express à Paris en soirée, pour la nuit, avant re-départ demain.

depuis plusieurs mois, anxiétés très régulières, et fond de déprime sans doute : même en vacances je me retrouve à devoir prendre des médocs tous les 4, 5 jours. du mal à faire face sans cela.

 

me 14.08.13
Paris.
grand temps frais, léger. ciel immaculé.

départ en Vendée, la très plate qui va vers la mer.
arrivée. jardin. chez l’ami E. nager. apéro. barbecue sous la nuit.

 

je 15.08.13
Vendée.
jardin du petit village, ciel immaculé, levé lent, méditation, carillon du 15 août.

un jeune est ici avec nous : L, tragiquement délaissé par ses parents, après avoir été adopté. avec E, qui l’a pris sous son aile, nous prenons de longues discussions avec lui. L n’a visiblement pas d’autre choix que de s’éloigner, distance que les parents ont déjà su cruellement et parfaitement instaurer en l’abandonnant à nouveau peu à peu, puis de construire, se construire, pierre à pierre, seul, en utilisant sa hargne, sa force vitale extraordinaire fondée dans les blessures, dans un sens qui lui soit favorable, profitable, ce qu’il fait déjà intuitivement, même s’il est encore à la charnière adolescente où il est difficile de se projeter dans un futur clair avec un passé aussi trouble. ce gamin a les capacités, et l’attention aux autres, et ce que l’on pourrait nommer « l’intelligence du cœur » qui peuvent l’amener loin. il serait si triste que cela soit gâché… nous essayons avec douceur, écoute, précaution, de lui faire comprendre le peu de choix qu’il a dorénavant, mais qui peut, aussi, être gorgé d’espoir et d’élan…

dans la vieille maison, ambiance étonnante : l’un médite dans le jardin, à l’étage une autre dort, au grenier un autre encore fait du vélo d’appartement avec casque sur les oreilles…

écrire ensuite dans la jardin, à l’ombre.
ai repris, depuis hier, la relecture de bref, que je n’avais pas touché depuis le mois de mai.

plage. sable brûlant. luminosité de glacier. l’excitation de l’arrivée à la mer… nage, jeux, lézardage jouissif sous l’irradiation du soleil.
je bosse le manuscrit de bref le cul dans le sable chaud, à l’abri du parasol.

 

ici, vivre dans le présent. enfin. enfin.

la grande ourse tout juste dans l'encadrement de ma fenêtre. comme peinte sur les carreaux.

 

ve 16.08.13
Vendée.

au matin, à l’ombre fraîche, méditer dans la pelouse, puis écrire, dans le jardin, pendant que la maisonnée dort.

qu’en est-il du ressort d’ainsi noter, consigner, rendre compte ? quel événement, quel fait, y aurait-il eu qui aurait armé ainsi une telle dynamique de commencer à fixer trace ? à vrai dire je n’en sais rien. cela remonte pour moi à si longtemps, quasiment à l’âge d’apprentissage du lire et de l’écrire. je n’ai pas souvenance d’un point de déclic particulier, ni d’une raison de la continuation, ensuite, jamais relâchée, jamais démentie, d’une telle entreprise. c’est, un peu, comme si cela avait été là, déjà là, avant, comme un bulbe en terre, et qui au prime printemps de l’âge aurait ainsi fleuri. mais ce bulbe, comment et par quoi a-t-il été posé ? je n’ai pas la réponse. c’était là.

 

Ce que nous voyons très nettement, et qui toutefois est très difficile à exprimer, vaut toujours qu’on s’impose la peine de chercher à l’exprimer.

L’esprit clair fait comprendre ce qu’il ne comprend pas.

L’intellect passe au travers des usages, des croyances, des dogmes, des traditions, des pudeurs, des habitudes, des sentiments et des lois civiles, comme passe un ingénieur au travers des forêts, des montagnes, et de toutes les bizarreries et formes locales de la nature, qu’il troue, tranche, et franchit, imposant par la force le chemin le plus court.

Paul Valéry, Tel quel
folio essais p. 45, 46

 

la 66ème foire à L. : retrouver cette ruralité, telle qu’il me semble remonter vingt ans en arrière, et quasi bovaryenne. la petitesse, peut-être, de la vie ici, le rêve d’une vie plus grande et qui serait pour beaucoup je pense mais pour moi certainement, avec le temps, la durée, très probablement accompagné d’un sentimentalisme, d’une mélancolie profonde, ou d’une hargne puissante de s’émanciper, de s’extraire du lieu, du milieu, pour aller chercher une largeur supérieure, une dimension d’une ampleur plus vaste… pour partir…
fuir la vie bornée.
Richelieu s’échappa de là.

 

je feuillette les mémoires de la comtesse du Barry, putain qui consola le roi. à noter, un élément symptomatique : dans cette maison de famille, bourgeoise, de notabilité de province, la bibliothèque, comme le piano, sont sous clés. mais elle recèle du du Barry… l’ont met donc ici à l’étouffoir ces velléités d’ouverture, ces possibilités d’encoquinage et de désinhibition, subversives sans doute…

 

sa 17.08.13
Vendée.

découverte du travail d’Annie Lebrun, que je ne connaissais pas du tout : précision, pertinence, élégance.
plage.

 

di 18.08.13
Vendée.
ciel couvert.

en écoutant, lisant Annie Lebrun :
la soumission actuelle, l’asservissement moderne, n’est plus fondé sur le manque comme autrefois mais sur la création de faux désirs, la recherche de satiété dans des désirs fictifs insatiables, l’excès, la saturation… la désincarnation du désir personnel, individué, dans une convoitise, une appétence formatées de masse…
détourner, divertir, afin d’annihiler toute distance pour penser, pour rêver, pour savoir ce que l’on désire réellement, sans suggestion imposée. l’on est souvent aujourd’hui consommateur avant de savoir ce que l’on veut.

insoumission. la notre, la mienne, nécessaire, alors.
être libre : vouloir comprendre, par soi-même, ce qu’est vivre, ce que l’on veut dans vivre, et vouloir construire, par soi-même, en conséquence, ce que l’on veut dans vivre.

 

plage : la mer puissante, un peu forte ce jour, comme je l’aime. du vent. jouer dans les rouleaux, se faire surprendre, se faire secouer parfois comme dans une lessiveuse et rire aux éclats.

 

lu 19.08.13
Vendée. Paris
levé aux aurores. méditation dans le jardin couvert de rosée. il fait frais, le ciel couvert depuis quelques jours. je range la maison pendant que tout le monde dort encore.

en partant ce matin, j’ai remis à L, le jeune qui est ici avec nous et va rester, un mot. je cherchais depuis une semaine le moyen de lui « laisser » quelque chose. quelque chose dont il pourrait faire usage. quelque chose qui lui dise ce qui lui a été si peu souvent dit, de la confiance qu’il peut avoir en lui, de l’affection qu’il mérite de façon si évidente.

le poids terrifiant de certaines familles : la quantité effarante parfois du recélé, pour finir par la toxicité du refoulé.

départ sous la pluie.
fin des vacances.
retour seul…

 

arrivée à Paname.
deux semaines seul devant moi, et cela me faire fort bizarre, mais dans les temps que me laissera le travail je vais tenter de les utiliser, finalement, à méditer, marcher et aller plus loin dans l’écrire…
vivre le présent.

 

seul dans le tout seul seul tout
c’est tout de même une espèce de drôle de bruit permanent que j’entends en moi sans cesse
ces temps-ci
un grand bruit de silence
mais pas de ce silence de paix
un vacarme de ce qui tourne à vide.
il me faut maintenant me relever…