16.08.12
Dévoluy. Cordéac. 900 m.
bureau de montagne. sur le noir, sur la nuit, les sommets. au bord du haut-plateau morainique, face aux sommets des Ecrins, de l'Obiou et du Châtel, où j'ai passé beaucoup de mon enfance. bureau, fenêtre ouverte, toujours.
dans cette si particulière maison de Cordéac, aux bonnes ondes douces, fortes, les moindres recoins remontent aussitôt que redécouverts. les moindres cachettes dans les buissons, les murets de pierres, les passages, les rocailles, les petits bassins creusés dans le calcaire gris, sec, petites coupelles d'eau pure… dès que je reparcours ces lieux ils sont là, immédiatement, reconnectés à la mémoire d'enfance, alors que si l'ont m'avait parlé il y a quelques jours de tel petit recoin j'aurais eu grande peine sans doute à m'en souvenir dans le détail. mais là c'est avec une immense fulgurance que c'est réactivé, non pas avec une nostalgie ou un romantisme du souvenir mais avec une acuité de la sensation, quasi crue. les odeurs surtout, les végétaux même, certaines pierres, les topologies, les topographies remontent de loin. tout comme l'autre jour, lorsque, après l'incendie de la maison d'enfance, j'ai retrouvé mes dessins d'adolescent, et que je constatais alors qu'absolument aucuns, au moment de leur réouverture, n'avaient été oubliés. ils étaient tous là, intacts, ils suffisaient de réactiver leur présence, retrouver la clé, l'accès à la base de données enfouies mais toujours vivaces sous les strates.
le trouble ce n'est pas juste de re-trouver tout cela, cette ambiance, ces odeurs ancrées, c'est aussi retrouver un lieu de forces, particuliers, où quelque ancien prêtre ou shaman n'aurait sans doute pas refusé d'y poser une marque, une pierre, un signe, une trace, un menhir ou un autel…

cette chambre c'est comme un cellule de moine : lit, table, chaise, petite lampe, ordi-machine à écrire, et la fenêtre, ouverte, sur dehors.
cela sans doute que je cherche en souhaitant m'isoler cet hiver, dans un lieu de résonance forte. tout cela : la petite pièce, nue, être ramassé sur le travail, que je décrivais dans la plui.



17.08.12
Dévoluy. Cordéac.
le bureau tôt le matin, l'air très frais, très léger, très pur des Alpes du sud et des forêts de pentes calcaire.
le soleil perce par-dessus les crêtes, les multiples plans d'horizons des Ecrins, du Valgaudemar, à l'est, dans les raies.

partir marcher. à 2 000 m passages délicats et aériens, dangereux, sur des rampes rocheuses et d'herbes.

la lumière oblique laiteuse du contre-jour du matin écrasant tout relief — la lumière zénithale crue, de soudure, découpant, ciselant, déchiquetant toutes crêtes et pentes — la lumière du soir adoucie, refroidissant, redescendant le chromatisme des blancs, et soulignant, allongeant les combes, les conques d'ombres…


trouver pour UUuU la fin, la forme.



18.08.12
Dévoluy.
les bulles que nous avons chacun. la bulle avec laquelle X vit par exemple, probablement moins large que celle de son voisin, et en géographie-espace, et en amplitude/champ de vision-appréhension du monde, sans doute parce que moins large en soif, donc en conscience et en embrassement de ce qui est. et c'est dans le tunnel de cette bulle que, sans cesse, nous nous déplaçons dans le temps et dans l'espace, et vivons.

la plupart des gens ne parlent pas, bavardent seulement. disent et échangent entre eux des histoires de faits, jamais de fond. on reste en surface. comme s'ils n'osaient aller là, n'osaient se raconter vraiment, dire ce qu'ils sont et sentent véritablement, ce qui les habitent réellement, alors qu'à mon sens il n'y a que ça qui vaille vraiment.

L'art c'est…
Apporter quelque chose qui n'était pas au monde auparavant (qui n'existait pas dans le monde des conceptions humaines ; étant admis que le monde personne ne peut le définir. Seule définition tenable : "la somme de toutes les possibilités"). Et ce qui fournit cet apport, ce n'est pas la tentative d'être original, c'est le courage.

Ludwig Hohl
Notes ou de la réconciliation non-prématurée (V 21, p 167)
L'Âge d'Homme, coll. Bibliothèque L'Âge d'Homme,
Lausanne, 1989




19.08.12
Dévoluy.
escalade.

l'orage soudain de montagne. les rayons du soleil passant sous le gros et noir nuage de chaleur, mais au devant, un rideau de gouttes grosses comme des œufs. trempé jusqu'aux osselets. pluie tiède.
sur les plus hauts sommets, la neige est tombée.


de façon générale les peurs reculent.
et c'est cela qui donne la possibilité de l'ouverture.
(dans un domaine différent, mais qui a même fonctionnement et mécanisme, on peut prendre un exemple, bien que restrictif ici pour ce que je veux dire : les peurs comme génératrices de la fermeture d'esprit des sensibilités et politiques ultra-droitières)

j'écrivais dans une note antérieure : "on écrit toujours comme si l'on avait la langue devant soi, alors qu'elle est en nous." disons plutôt que l'on aurait tendance à la penser, la percevoir comme un outil, alors qu'elle est un organe. et que pour écrire vraiment (comme l'entendait Duras), il faut l'avoir senti cela, le vivre, l'avoir ressenti dans la viande.

bloc : sans doute quelques fondations déjà posées, sans doute presque sans moi, comme inconsciemment, je ne sais donc pas encore bien lesquelles, il est trop tôt : la forme est à peine ébauchée, et trop peu de recul pour pouvoir déjà voir un tracé global, une silhouette générale qui se dégagerait et me dirait un peu plus ce qu'il est en est de ce qui émerge, s'écrit là.
comme d'habitude, je ne sais pas ce que j'écris, ce que je vais écrire : ça s'écrit, comme sans moi, ça vient. moi là-dedans je ne peux que tenter d'y insuffler quelques prises de risque, d'y mettre un peu de courage, en tentant de pousser le bouchon à chaque fois un peu plus loin.

Refonder : l'énorme compilation, où garder tracer, où puiser… et où, occasionnellement, ranger l'bazar.

construire une œuvre, c'est y être tous les jours.


le bureau ouvert sur la nuit, avec au coin une petite lampe de chevet, se remplit d'insectes, de papillons de nuits et de libellules.



21.08.12
Lyon.

La politique dans une œuvre littéraire, c’est un coup de pistolet au milieu d’un concert, quelque chose de grossier et auquel pourtant il n’est pas possible de refuser son attention.

Stendhal - La chartreuse de Parme


autre petit bureau de nuit, autre balcon, assis par terre, table basse, ordi, le petit vent de nuit…



21.08.12
condamnation des Pussy Riot en Russie.
excellent discours de Maria Alekhina, grand texte : "la liberté intérieure comme source d'action"... qu'elle écrit pour nous.
nous sommes tous des Pussy Riot...

ce texte, son idée, son esprit de résistance, son exercice de liberté, cela mérite de le mettre ici, de le multiplier ainsi.
de lui laisser la parole.

Ce procès est exemplaire. Le pouvoir en rougira, et pas qu’une fois, et il en aura honte. Chacune de ses étapes est la quintessence de l’arbitraire. Comment notre démarche, à l’origine une action modeste et plutôt farfelue, s’est-elle muée en cet immense malheur ? Il est évident que, dans une société saine, ce serait impossible. La Russie, en tant qu’Etat, apparaît depuis longtemps comme un organisme rongé par la maladie. Et cet organisme réagit de manière maladive dès qu’on effleure l’un de ses abcès purulents. D’abord il passe longuement cette maladie sous silence. Ensuite, il trouve une solution en dialoguant. Et voici ce qu’il appelle un dialogue. Ce tribunal n’est pas simplement une mascarade grotesque et cruelle, il est le « visage » du dialogue tel qu’il se pratique dans notre pays. Au niveau social, pour aborder un problème par le dialogue, il faut une situation – une motivation. Ce qui est intéressant, c’est que notre situation a été, dès l’origine, dépersonnalisée.

Parce que, lorsque nous parlons de Poutine, ce n’est pas Vladimir Vladimirovitch Poutine que nous avons en vue ; c’est Poutine en tant que système créé par lui-même, cette verticale du pouvoir où pratiquement toute la gestion s’effectue à la main.

Et cette verticale ne prend pas en compte, ne prend absolument pas en compte, l’opinion des masses. Et, c’est ce qui m’inquiète le plus, l’opinion des jeunes générations. Et cela dans tous les domaines.

Dans ce dernier mot, je veux dire ma propre expérience, ma propre confrontation avec ce système. L’éducation, là où commence la formation de la personne sociale, ignore ce qui constitue cette personne. Mépris de l’individu, mépris de l’éducation culturelle, philosophique, mépris des connaissances élémentaires qui font une société civile. Officiellement, toutes ces matières sont au programme. Mais elles sont enseignées sur le modèle soviétique. Résultat : la marginalisation de la culture dans l’esprit de chaque individu, la marginalisation de la réflexion philosophique, et le sexisme érigé en stéréotype. L’homme-citoyen est un idéal balancé au fond du placard.

Toutes les institutions en charge aujourd’hui de l’éducation s’efforcent avant tout d’inculquer aux enfants les principes d’une existence automatique. Sans tenir compte de leur âge et des questions propres à cet âge. Elles inoculent la cruauté et le rejet de toute idée non conformiste. Dès l’enfance, l’homme doit oublier sa liberté.

J’ai une certaine expérience de l’hôpital de jour psychiatrique pour les mineurs. Je peux affirmer que tout adolescent qui, de manière plus ou moins active, fait preuve d’anticonformisme peut être aussitôt interné. Dans ces établissements échouent nombre d’enfants qui viennent d’orphelinats. Oui, dans notre pays, il est normal de placer en hôpital psychiatrique un enfant qui a voulu fuir l’orphelinat. Et de lui administrer des tranquillisants comme l’aminazine, qui était utilisée dans les années 70 pour mater les dissidents soviétiques.

Dans ces établissements, c’est la répression qui est privilégiée et non l’accompagnement psychologique. Le système est basé exclusivement sur la peur et sur la soumission inconditionnelle. Ces enfants deviennent inévitablement des enfants cruels. Beaucoup d’entre eux sont illettrés. Et personne ne fait quoi que ce soit pour y remédier. Bien au contraire. Tout est fait pour briser, tout est fait pour étouffer la moindre aspiration, le moindre désir de progresser. Ici, l’être humain doit se fermer et perdre toute confiance dans le monde.

Voilà ce que je veux dire : une telle conception de l’homme interdit la prise de conscience des libertés individuelles, y compris religieuses, et cela touche toute la population. La conséquence de ce processus, c’est la résignation ontologique, c’est-à-dire la résignation ontique socialisée. Ce passage, ou plutôt cette fracture, est remarquable en ceci que, si on l’examine dans un contexte chrétien, on s’aperçoit que les significations et les symboles se substituent en significations et en symboles exactement inverses. Ainsi, aujourd’hui, la résignation, qui est l’une des catégories essentielles du christianisme, est entendue ontologiquement non plus comme moyen de purifier, d’affermir et de conduire à la libération définitive de l’homme mais, au contraire, comme moyen de l’asservir. On peut dire, en citant Nikolai Berdiaiev : « L’ontologie de la résignation — c’est l’ontologie des esclaves de Dieu, non des enfants de Dieu. »

En ce qui me concerne, c’est quand je me suis lancée dans la lutte écologique pour la forêt de Krasnodar que j’ai pris conscience de la liberté intérieure comme fondement de l’action. Ainsi que de l’importance, et l’importance immédiate de l’action en tant que telle.

Je ne cesse de m’étonner que dans notre pays il faille rassembler plusieurs milliers de personnes pour faire cesser l’arbitraire d’un ou d’une poignée de fonctionnaires.

La réaction de milliers de gens de par le monde à ce procès en est la preuve éclatante. Nous sommes toutes trois innocentes. Nous sommes innocentes, le monde entier le dit. Le monde entier le dit pendant les concerts, le monde entier le dit sur Internet, le monde entier le dit dans la presse et dans les parlements.

Les premiers mots que le Premier Ministre britannique a adressé à notre président n’ont pas concerné les Jeux olympiques mais il lui a demandé : « Pourquoi trois jeunes femmes innocentes sont-elles en prison ? C’est une honte. »

Mais ce qui m’étonne davantage encore, c’est que les gens ne croient pas qu’ils puissent influencer le pouvoir de quelque manière que ce soit. Alors que nous organisions piquets et meetings pour défendre la forêt de Krasnodar, alors justement que je récoltais les signatures pour les pétitions, beaucoup de gens me demandaient, et avec un étonnement tout à fait sincère, qui ça pouvait intéresser… Oui, peut-être, d’accord, c’était la dernière forêt séculaire de Russie, mais qu’est-ce que ça pouvait bien leur faire, cette forêt dans la région de Krasnodar ? Ce bout de terre paumé. C’est vrai, qu’est-ce que ça pouvait leur faire que la femme de notre Premier Ministre Dmitri Medvedev ait l’intention d’y faire construire une résidence ? Et de détruire l’unique réserve de genévriers de Russie ?

Voici comment réagissent les gens… Voici encore une preuve que les gens dans notre pays ont cessé de considérer que le territoire appartenait à ses citoyens. Ils ont cessé de se considérer comme des citoyens. Ils se considèrent tout simplement comme des masses automatisées. Ils ne comprennent pas qu’une forêt leur appartient même si elle ne se trouve pas à proximité immédiate de leur domicile. J’en viens même à douter qu’ils aient conscience que leur propre maison leur appartient. Si une excavatrice s’approche de l’entrée de leur immeuble, que l’on demande aux gens d’évacuer les lieux et qu’on leur dise : « Excusez-nous, nous allons démolir votre maison pour y construire la résidence d’un fonctionnaire », ils ramassent leurs affaires, leurs sacs et ils quittent leur maison. Et ils resteront là, dans la rue, en attendant tranquillement que le pouvoir leur dise ce qu’il faut faire. Ils sont absolument amorphes, c’est très triste.

Après plus de six mois passés dans une cellule, j’ai compris que la prison, c’était la Russie en miniature. C’est la même verticale du pouvoir, où le règlement du moindre problème passe par la décision exclusive et directe du chef.

En l’absence d’une répartition horizontale des fonctions et des attributions qui faciliterait considérablement la vie de chacun. En l’absence également de toute initiative individuelle. Ici, c’est le règne de la délation. De la suspicion mutuelle. En prison, de la même façon que dans le reste du pays, tout est basé sur la dépersonnalisation et sur l’assimilation de l’individu à sa fonction. Qu’il s’agisse d’un employé ou d’un détenu. Le règlement sévère de la prison, auquel on s’habitue rapidement, ressemble au règlement de la vie qu’on impose à chacun dès sa naissance. Dans le cadre de ce règlement, les gens commencent à s’attacher aux choses insignifiantes. En prison, c’est par exemple une nappe ou de la vaisselle en plastique qu’on ne peut se procurer qu’avec la permission du chef. Dehors, l’équivalent, c’est le statut social, auquel les gens sont particulièrement attachés. Ce qui m’a toujours beaucoup étonnée.

Il y a aussi quelque chose d’important, c’est le moment où l’on prend conscience de ce régime en tant que spectacle. Qui, dans la réalité, se traduit par le chaos, mettant à nu la désorganisation et la non-optimisation de la majorité des processus. Cela ne favorise pas le bon fonctionnement politique. Au contraire, les gens sont de plus en plus désorientés, y compris dans le temps et dans l’espace. Le citoyen, où qu’il se trouve, ne sait pas où s’adresser pour régler tel ou tel problème. C’est pour ça qu’il s’adresse au chef de la prison. Hors de prison, ce chef s’appelle Poutine.

Nous sommes contre le chaos poutinien qui n’a de régime que le nom. Nous donnons une image composite de ce système où, d’après nous, presque toutes les institutions subissent une mutation, tout en gardant leur apparence extérieure. De ce système qui détruit cette société civile qui nous est si chère. Nos textes, s’ils recourent au style direct, ne réalisent rien directement. Nous considérons cela comme une forme artistique. Mais la motivation, elle, est identique. Notre motivation reste identique dans une expression directe. Cette motivation est très bien exprimée par ces mots de l’Evangile : « Car quiconque demande, reçoit ; et qui cherche, trouve ; et à celui qui frappe à la porte, on ouvrira. » Et moi, et nous tous, nous croyons sincèrement qu’on nous ouvrira. Aujourd’hui, hélas, on nous a enfermées. En prison.

C’est très curieux que les autorités, en réagissant à nos actions, ne tiennent absolument pas compte de l’expérience historique passée des manifestations d’hétérodoxie, d’anticonformisme. “La simple honnêteté est perçue dans le meilleur des cas comme de l’héroïsme. Et dans le pire, comme un trouble psychique », écrivait dans les années 70 le dissident Boukovski. Il ne s’est pas écoulé beaucoup de temps et pourtant tout le monde fait comme si la Grande Terreur n’avait jamais existé, ni les tentatives de s’y opposer. Je considère que nous sommes accusées par des gens sans mémoire. Nombre d’entre eux disaient : « Il est possédé du démon, et Il a perdu le sens ; pourquoi l’écoutez-vous? » Ces paroles, ce sont les juifs qui ont accusé Jésus Christ de blasphème qui les ont prononcées. Ils disaient : « Nous vous lapidons pour un blasphème » (Jean 10.33).

Il est remarquable que c’est précisément ce verset auquel fait référence l’église orthodoxe russe pour exprimer son avis sur le blasphème. Cet avis est dûment certifié sur un document versé à notre dossier criminel. En émettant cet avis, l’église orthodoxe russe se réfère à l’Evangile comme à une vérité religieuse immuable. L’Evangile n’est plus considéré comme un livre révélé, ce qu’il fut pourtant dès l’origine. L’Evangile est considéré comme un bloc de citations qu’on peut tirer et fourrer où bon vous semble. Dans n’importe quel document et à toute fin utile. Et l’église orthodoxe russe ne tient même pas compte du contexte dans lequel est employé le mot « blasphème ». En l’occurrence, il était appliqué à Jésus Christ.

Je considère que la vérité religieuse ne doit pas rester immobile. Qu’il est indispensable de saisir les voies immanentes pour l’évolution de l’esprit. Que les expériences de l’homme, ses dédoublements, ses fissurations doivent être pris en compte. Qu’il faut avoir vécu toutes ces choses pour se construire. Que c’est uniquement après avoir vécu tout cela que l’homme peut atteindre quelque chose et continuer à avancer. Que la vérité religieuse est un processus, et non un résultat définitif qu’on peut fourrer où bon vous semble. Et toutes ces choses dont j’ai parlé, ces processus, sont pensés par l’art et la philosophie. Y compris par l’art contemporain.

Une situation artistique peut, et se doit selon moi, comporter un conflit intérieur. Et je suis particulièrement irritée par toute cette « soi-disance » qui émaille les paroles de l’accusation lorsqu’elle mentionne l’art contemporain.

Je tiens à remarquer que les mêmes termes ont été employés lors du procès du poète Brodsky. Ses vers étaient désignés comme des « soi-disant » vers, mais les témoins ne les avaient pas lus. Comme une partie des témoins de notre procès, qui n’étaient pas présents lors de notre action, mais qui ont regardé le clip sur Internet. Il est probable que nos excuses soient également présentées par l’esprit généralisateur de l’accusation comme « soi-disant ». C’est une insulte. C’est un préjudice moral. C’est un traumatisme. Parce que nos excuses étaient sincères. Vous n’imaginez pas à quel point je regrette que tant de paroles aient été prononcées et que vous n’ayez toujours rien compris. Ou alors vous rusez, quand vous dites que nos excuses n’étaient pas sincères. Je ne comprends pas ce que vous voudriez encore entendre. Pour moi, c’est ce procès qui est un soi-disant procès.

Et je n’ai pas peur de vous. Je n’ai pas peur du mensonge, je n’ai pas peur de la fiction, je n’ai pas peur de cette mystification mal fagotée, je n’ai pas peur du verdict de ce soi-disant tribunal. Parce que vous ne pouvez me priver que d’une soi-disant liberté. C’est la seule qui existe sur le territoire de la Fédération de Russie. Ma liberté intérieure, personne ne pourra me l’enlever.

Elle vit dans le verbe, elle continuera à vivre quand elle parlera grâce aux milliers de gens qui l’écouteront. Cette liberté continue dans chaque personne qui n’est pas indifférente et qui nous entendent dans ce pays. Dans tous ceux qui ont trouvé en eux les éclats de ces processus, comme autrefois Franz Kafka et Guy Debord. Je crois, que c’est justement l’honnêteté et la puissance de la parole, et la soif de vérité qui nous rendront tous un peu plus libres. Cela, nous le verrons."

Maria Alekhina, 8 août 2012,
traduction Helmut Brent
vidéo / texte




les concours de bites, culturels, me fatiguent. dans l'immense majorité des cas, ils se jouent avec ceux qui ne produisent pas. il ne s'agit pas d'avoir un savoir, mais d'être un savoir. de l'incarner, le pratiquer. il s'agit d'être, de faire, de tenter.