le Cahier III (nov 92 - juin 96)
surprenant toujours, de voir que certains éléments — préoccupations, obsessions, pensées — sont restées stables, même 10 ans après (cahier 58 aujourd'hui). constater : rien n'a dévié, la même préoccupation toujours. rassurant aussi, se dire : je n'ai fait que ça, et c'est cela que je voulais faire.


les Cahiers sont ce que je peux dire dans une discussion, un échange avec d'autres. les autres écritures, je ne sais pas les dire. ça ne se raconte pas.


je me demande un peu si la véritable histoire ne serait pas celle des cahiers. y'a l'histoire de la pâte et l'histoire donnée par elle. elles se pénètrent l'une l'autre.


j'arrive à peu près en ce moment à sortir ce que je veux dire, car je sais que ça restera faillible. je tente sans pression, sans souci a priori de résultat. alors j'avance plus vite.


je n'utilise pas mes compétences à faire des objets finis, mais à essayer et buter.


un unique but, une seule envie, obstinément, dégager les choses, nues.


si je parle de langue riche c'est en m'appauvrissant. je déshabille, je suis le plus petit corps. nu. herbe.


ce n'est toujours que trois, quatre notes pures et simple que je cherche. nichées à la sève de ma personnalité, et extraites.


quand on est dedans, mène à fond, explore, descend : la décomposition du moi, la fatigue, l'épuisement, l'exigence, l'effort...


je ne parle pas de moi, mais d'un autre cherchant enfoui en moi.


hypothèse : le langage ne vient pas d'une nécessité d'expression, mais d'exploration.


ce sont les évidences qui pénètreront.