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Antoine Emaz
A propos de Refonder


  Merci vrai pour l'envoi de REFONDER.
J'ai vraiment trouvé excellent votre livre; il montre la cohérence de la démarche sur ces années, et l'éclaire, l'approfondit. J'ai toujours cru à ces "marges". Je crois vraiment qu'elles font partie de l'oeuvre; elles n'en sont ni un commentaire ni une explication, même si pour un lecteur, ce peut être une porte d'entrée moins déroutante en quelque sorte, non ces "marges" sont le versant travail du boulot, et je crois très important d'affirmer cet aspect de quête et de "réflexion" accompagnant l'expérience d'écrire.

Beaucoup de points m'ont touché, rejoint; je vous les indique sans ordre, au fil de la lecture :
- l'expérience du muet; tout à fait d'accord qu'elle est fondamentale; c'est bien la pression du manque de langue qui va faire surgir le poème.
- oui aussi pour la nécessité d'un non-contrôle, d'un "spontané" si on veut découvrir quelque chose. Ensuite, bien sûr, y'a du boulot, mais il va toujours se caler sur ce qui s'est découvert au départ.
- "des moyens très simples", une "musique nue"
- "Toute grande oeuvre est faite comme sans soi." Cela rejoint sans doute quand je dis que je n'écris pas le poème, mais que le poème s'écrit à travers moi.
- Bien aimé quand le carnet donne un éclairage comme latéral au poème, juge d'un dérapage, ou au contraire confirme que ça tient. Pour VISIONS par exemple.
- "La forme se résout après", ou dans le mouvement même d'écrire, mais en tout cas, elle n'est pas pensée avant.
- "faire descendre l'énergie directement dans la parole" : très beau, très juste, tout comme un peu plus loin "un poème c'est une tension". Complet accord là-dessus. Nos écritures sont différentes, mais il s'agit bien d'innerver la langue, de la mettre sous pression pour arriver à parler.
- "une poésie de vie" plutôt que l'emmerdifiant intellectualisme; c'est tout à fait clair pour moi.
- "se risquer, risquer de se planter", complet accord, et c'est rare d'entendre cela, alors que c'est la base de l'expérience d'écrire. Si on ne mène pas la langue aux limites (basse ou haute, qu'importe) à quoi ça sert ? Bien aimé aussi quand vous soulignez la nécessité des échecs, des plantages. Au bout ça ne tient pas, mais on a avancé, et la fois suivante, dans cette même veine, ça passera.
- Langue et corps, oui, tout le corps est engagé dans l'écriture, tout le bonhomme. C'est bien pour cela que nerveusement c'est épuisant.
- "Je ne comprends pas ce que je fais." Moi non plus, mais c'est pas grave si l'essentiel est de faire, justement. On peut comprendre un peu après, mais si on comprend avant, on n'écrit pas, on fait un exercice d'écriture.

Bonne énergie à vous; amicalement

antoine emaz

mai 2008